RED LIGHT – Dr. Leccia

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L’ENTREVUE SUIVANTE N’EST PAS UNE ENTREVUE JOURNALISTIQUE… ELLE VISE TOUT SIMPLEMENT A PRESENTER AVEC PLUS DE PROFONDEUR LA PENSEE DU DR. LECCIA

Entrevue en format pdf

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Q : Alors, docteur Jean-Dominique Leccia, vous avez décidé d’entrer en jeu, de participer au débat sur ce projet de construction de la Société de développement Angus (SDA) d’une tour à bureaux qui va littéralement changer la perspective, la vie et l’animation du boulevard St-Laurent.

Vous êtes tout à fait contre le projet. Pourquoi ?

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R : Bien, j’ai décidé d’embarquer en fait essentiellement pour deux raisons : la première, c’est que j’habite le quartier. La deuxième, c’est parce que je suis un psychiatre urbain.

Je ne considère pas du tout mon quartier comme dangereux ou insécure. C’est au contraire un quartier qui est très vivant et qui a un tissu humain très divers, avec des commerces, des clubs qui regroupent des gens qui sans doute ne se retrouveraient pas ailleurs de cette façon-là, c’est-à-dire que c’est un espèce de melting pot. Contrairement à ce que l’on pense c’est plus un lieu d’harmonie que de désharmonie dans la ville.

Je veux dire que je suis intéressé parce que je pratique ce quartier et que je m’y sens bien. Donc, je trouve dommage qu’on tente de le dénaturer avec de fausses représentations simplement parce qu’il y a quelques errants dans le parc (qui n’ont pas droit à leur existence?) ou parce qu’il y a quelques clubs qui ont une réputation plus sulfureuse, aux yeux du consommateur culturel.

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Q : Mais les gens vont vous dire que cette nouvelle construction va améliorer l’image du quartier.

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R : Alors, non seulement elle ne va pas améliorer l’image du quartier, mais elle va totalement la détériorer. Dans ce quartier très aéré qui vit la nuit,  on va planter au beau milieu un espèce d’éléphant, une immense tour  »switch off la nuit » qui n’aura aucune espèce de vibration vers l’extérieur puisque ce sera une tour à bureaux, un building de cadres supérieurs.

Il faudrait mesurer la part que les cadres d’Hydro-Québec prennent dans le quartier ou dans la vie du quartier. Personnellement moi je ne les rencontre jamais, sinon quand ils fument sur René-Lévesque.

Alors que ce qui est important dans le quartier c’est n’est pas de le revitaliser, il vit, mais c’est de le préserver et de faire en sorte qu’il soit habité pas seulement le jour, mais qu’il soit habité JOUR et NUIT.

Il y a la possibilité là de faire un immeuble résidentiel qui serait d’abord moins haut ce qui permettrait de garder ce côté aérien du quartier, ce côté dégagé presque atmosphérique.

Un projet qui autoriserait naturellement une construction originale à la hauteur des enjeux urbanistiques et architecturaux du quartier, reflétant la créativité québécoise que l’on retrouve dans de nombreux domaines.

En même temps,  un immeuble résidentiel permettrait de donner de la vie au quartier, en faisant à la fois des appartements de luxe, des ateliers d’artistes et pourquoi pas des éléments HLM. On sait qu’actuellement  la mairie et l’ensemble des gens qui s’en occupent sont très intéressés à la diversité du centre-ville.

Donc, préserver cette diversité plutôt que de faire quelque chose de monobloc avec une catégorie de population bien particulière qui va forcément dénaturer le quartier et l’asphyxier.

C’est-à-dire  non plus un quartier d’utilisateurs mais un quartier de consommateurs. En fait, ce que je reproche au projet c’est ça. C’est qu’on va créer des consommateurs supplémentaires alors que finalement il y a plein de tours à bureaux au Québec.


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Q : Au niveau architectural ce sera un bloc massif, vous dites fermé sur lui-même. Quel impact ça peut avoir sur la vie du quartier ?

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R : D’abord de manière évidente, le projet de Tour de la Société de développement Angus (SDA) ne respecte pas le rythme biologique du quartier, ça c’est un premier impact. Une Tour qui s’éteint la NUIT dans ce quartier de lumiere. L’impact est majeur.

Mais le carrefour St-Laurent-Ste Catherine, c’est aussi l’épicentre symbolique de Montréal. C’est un carrefour historique que l’on transforme en quadrilatère fermé. C’est une immobilisation du mouvement, une négation de son histoire, le décor qu’on nous propose fige cet imaginaire, le nie.

C’est d’ailleurs ce qu’on cherche à immobiliser, la force du mouvement. La force de conduction de ce quartier, la fraction de mobilité du quartier… la représentation même qu’on peut avoir du centre symbolique de Montréal, on le fige alors qu’on devrait le laisser ouvert et vivant.

C’est pour ça que l’idée de mettre des ensembles résidentiels permet de mieux animer le voisinage, d’utiliser le mouvement du quartier pour attirer les gens qui seront nombreux parce que c’est le genre de condos appréciés par les colonies bohèmes plus fortunés.

Donc, je ne vois vraiment pas pourquoi il faudrait absolument que ce soit une tour de bureaux qui se plante là, alors qu’on a beaucoup d’autres alternatives.

Des concepts beaucoup plus vivants  qui permettraient des constructions architecturales sans doute beaucoup plus originales. On a qu’à le voir de l’autre côté de l’île, l’Expo…

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Q :Vous faites sans doute référence à Habitat67?

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R : Tout à fait, il y a possibilité avec un projet résidentiel de construire quelque chose de plus léger qui pourrait même servir de Red Light aux montréalais qui en chenchent un.

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Q : Et selon vous, avec un immeuble résidentiel la vie du quartier serait décuplée. C’est-à-dire plus de gens qui habitent le quartier, qui y vivent, qui consomment, tandis qu’une tour à bureaux c’est mort la nuit.

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R : C’est ça ! Le quartier doit etre habité s’il veut demeurer vivant.  Il y a cette idée que c’est l’épicentre de Montréal. Puis il y a aussi cette autre donnée, ça se veut le Quartier des Spectacles.

On a tout à préserver l’habitabilité plutôt que d’instaurer un couvre-feu. Le Quartier des Spectacles ce n’est pas un Quartier des Couvre-feux. Or ce building c’est un building couvre-feu. C’est-à-dire que c’est un building qui se remplit à 7 heures le matin et qui se vide à 18 heures.

D’autant plus que pour des raisons de prestance, il exige l’éradication des cultures marginales alentours. La culture devrait elle être exclusivement labelisée, pourquoi les spectacles populaires devraient-ils disparaitre. La culture n’est elle pas cet espace d’échanges ou se rejoignent parfois les contraires sans qu’ils aient à s’exclure.

Prenons garde à respecter cet ancrage populaire du Quartier des Spectacles avant qu’il ne dérive au fil des ans en ghetto culturel de la Société du Spectacle s’adressant aux nantis.

Nous souhaitons, pour l’épicentre de Montréal, celui que côtoient les touristes, une construction vivante, 24 heures sur 24, dans un quartier où on va faire une zone piétonnière, une zone de déambulation capable de réanimer les rues. Une belle vitrine architecturale de la société québécoise capable d’intégrer les différences urbaines plutôt que de les éliminer, une création du XXIe plutôt que de la fin du XXe.

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Q : Le Red Light, ce n’est plus ce que ça déjà été par le passé, mais plusieurs vous diront qu’il reste une problématique dans le quartier celle de l’itinérance, ces gens qui sont en grande difficulté. Vous travaillez avec ces gens. Est-ce qu’une construction comme celle envisagée peut avoir un impact sur ces personnes.  Que prévoyez-vous ?

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R : C’est la deuxième raison pour laquelle j’interviens dans ce débat qui peut paraître loin de la psychiatrie, c’est pourtant mon travail aux urgences depuis plus de 30 ans qui m’a sensibilisé à l’importance de nos environnements notamment dans les métropoles.

Nous vivons une crise culturelle qui touche tous les langages, l’harmonie de nos espaces devient indispensable au maintien de nos équilibres mentaux.

Les gens ont l’impression d’être protégés à partir du moment où ils sont dans des ensembles architecturaux qui demeurent de DIMENSION HUMAINE . Ces itinérants que l’on va déplacer du Quartier des Spectacles pour les exilés dans des quartiers problématiques, ce sont tous ses recalés de la mondialisation, que nous recevons aux urgences psychiatriques mais aussi tous ceux de plus en plus nombreux qui sont instabilisés, par la rupture des équilibres urbains, qui les coupent de leurs racines.

Ceux qu’on ramasse à l’urgence actuellement sont aussi le fait de toutes ces catastrophes urbanistiques qui à chaque fois opèrent des exclusions, qui à chaque fois jouent sur des diversifications, qui à chaque fois coupent les racines et qui déstabilisent considérablement les gens.

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Q : Vous avez étudié la question de l’importance de l’espace sur nos vies. Qu’est-ce que ca signifie ?

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R : Bien, ça veut dire très simplement que l’espace est un langage. Pour ce langage, les mots ce sont les lieux, ses syntaxes ce sont les trajets et ses ponctuations ce sont les frontières.

Or, il y a un équilibre à respecter  pour que le langage soit harmonieux et qui permette une communication, un meilleur échange entre les gens. Or la je constate qu’on transforme une zone animée une zone d’échanges interhumains en quadrilatère fermé sur lui-même… Je ne suis pas du tout étonné que ce soit un architecte français qui soit derrière cette affaire-là, avec cette idée bien française de toujours vouloir fixer les choses. Lorsque le projet a été présenté d’ailleurs il n’a jamais été renvoyé à la dimension métropolitaine imaginaire de ce carrefour.

Ce que ce qui a été souligné c’est son harmonie avec sa Tour jumelle sur René Lévesque et le complexe Desjardins, une vision à courte vue courte pour de si longues rues historiques. Il faut préserver à tout prix dans les métropoles modernes ces carrefours de diversité de mixité surtout lorsqu’ils sont au cœur d’un quartier des spectacles et à l’épicentre symbolique de la métropole.

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Q: L’espace c’est un peu comme la langue ?

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R : C’est quelque chose qui doit être préservé. Au Québec, nous nous battons beaucoup pour préserver la langue, et nous nous battons aussi pour préserver les environnements forestiers avec Richard Desjardins où les rivières avec Roy Dupuis, rien d’aussi influent en ce qui concerne l’environnement urbain ou demeure plus de la moitié de la population ?

Pourtant il est important de les défendre, de défendre leurs harmonies et de ne jamais oublier que la ville doit demeurer si possible a dimension humaine, elle est faite pour être habitée avant d’être rentable. On a plus besoin de grappes humaines, d’aires de rencontres dans un quartier qui héberge non seulement le café Cléopâtre, mais aussi le Club Soda, le monument national, la SAT et le légendaire Montréal pool room… Et naturellement tous les festivals d’été.

Q : On est tout juste à côté de là où déroule le Festival de Jazz,  un quartier qui est très animé l’été avec beaucoup de touristes. Mais il ne faut pas oublier qu’il y a des gens qui vivent ici qui ne sont pas juste de passage.

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R : Des gens comme moi et puis des gens comme les gens du Club Soda qui ne sont pas très d’accord avec le projet, tout comme les gens de Cléopâtre et du Montréal Pool-Room qui ne sont pas d’accord parce que  précisément ce sont des gens qui habitent le quartier, qui en saisissent l’âme et qui souffrent de voir ce qui est en train de se passer.

C’est-à-dire une espèce de bétonnisation généralisée de l’affaire, une minéralisation du quartier. On minéralise les choses.

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Q : Alors quoi, les promoteurs n’ont pas saisi l’âme du quartier ?

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R : Non seulement ils n’ont pas saisi l’âme du quartier, mais ils ne respectent en aucune façon ce qui pourrait être un langage urbanistique, qui est fait d’harmonie, qui est fait de complémentarité et qui a quand même un but ultime, de faire en sorte que les gens s’y reconnaissent et puissent y circuler sans se heurter à des centres d’affaires qui peuvent très bien se faire ailleurs…

Et qui se font ailleurs comme le Centre international.  Un quartier qui est beaucoup plus ouvert et qui est beaucoup moins symbolique que le carrefour de St-Laurent et de Ste-Catherine.

C’est-à-dire qu’il y a suffisamment d’espaces vides en ville pour qu’on s’interroge sur la manière dont on va meubler le boulevard St-Laurent alors qu’on a une belle occasion de faire quelque chose qui pourrait être architecturalement intéressant, qui pourrait être d’autant plus intéressant que c’est un quartier qui draine beaucoup de touristes. Donc, une vitrine aussi pour l’architecture montréalaise.

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Q : En vous écoutant, on a l’impression que l’imagination n’est pas au rendez-vous. C’est-à-dire que les promoteurs ou les gens qui ont pensé ce projet n’ont visiblement pas répondu aux attentes des résidents du quartier.

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R : Ah bien ça c’est clair que l’imagination n’est pas au rendez-vous dans une ville qui s’enorgueillit d’avoir le CCA et sans doute de talentueux architectes jeunes ou expérimentes, capable de mieux saisir précisément les enjeux locaux et métropolitains d’une telle zone. La ville a aujourd’hui plus besoin de visionnaires que de promoteurs. Le message de créativité culturelle québécoise est neutralisé par une construction ”made in France” avec des logiques totalement inverses aux logiques continentales dans lequel s’inscrit le Québec.

La première bouture qu’ils avaient faite c’était une boite de cirage.

Les gens ont suffisamment été alertés pour qu’ils mettent des arrondis, qu’ils mettent des retraits, etc. Parce qu’effectivement il y a eu une première contestation, leur idée première était vraiment une tour horizontale plutôt que d’être une tour verticale.

Mettre une tour horizontale dans un carrefour, dans un endroit de passages et de flux je ne vois pas la logique d’une telle construction, tout en constatant qu’en plus la construction en elle-même n’a aucune fantaisie.

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Q : Ah oui, vraiment ?

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R : Elle n’a aucune fantaisie. C’est-à-dire que c’est une tour dont on a un peu arrondi les angles, mais qui quand même barrera toutes les perspectives de St-Laurent lorsqu’on revient de la Place des Arts et qui est beaucoup plus en harmonie avec le Complexe Desjardins, qui lui-même est désert la nuit. Avec tout ce  Quartier des Spectacles qu’on propose et qu’on met en place actuellement tout est plus horizontal et ne va pas chercher  dix étages, comme le projet de la Société de développement Angus (SDA).

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Q : Docteur Leccia vous pensez que cette construction va paralyser le mouvement et risque de tuer la vie du quartier.

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R : Bien sûr !  C’est un ensemble spatial pour le Quartier des Spectacles assortie d’une exclusion de culture, une culture populaire, moins sémite que la culture officielle. Donc, qui dénature l’idée même de culture, l’idée même de spectacles. Si les spectacles populaires n’ont plus droit d’être, qu’est-ce que ça veut dire ?

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Q : Qu’est-ce que vous aimeriez ? Qu’il y ait un moratoire ? Qu’est-ce qu’il faudrait faire ?

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R : Oui c’est ça. Il faut stopper ce projet qui est un projet que je qualifie de « spatiocide », c’est-à-dire de destruction totale d’un espace, et simplement pour des raisons de type économique, de type appât du gain à court terme. Bref, c’est un contresens.

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Q : Il faut arrêter le projet,  il faut réfléchir, il faut amener les gens à repenser le projet ?

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R : Ah oui ! Il faut totalement repenser le projet parce qu’effectivement il y a un très bel espace là, et la tendance internationale est de réutiliser toutes ces façades, non pas pour en faire de simples faire-valoir de tours, mais pour construire, imaginer l’architecture autour d’elles.

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Q : Certains diront, le Café Cléopâtre, le Montréal Pool-Room sont affectés par le projet d’accord… mais la rue va se transformer et puis finalement ces établissements vont se relocaliser ailleurs ou vont disparaître… c’est la vie.

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R : On va les chasser comme les gens, comme les itinérants qui sont là et qu’on va déporter vers les périphéries. C’est clair que tout ce qui est culture populaire va être éliminé, chassé. Mais il ne faut pas croire comme le suggère la campagne marketing des promoteurs qu’il s’agirait seulement de la sauvegarde d’un simple club de danseuses contre un projet mirifique, il s’agit plutôt de la sauvegarde d’un environnement urbain ou le centre-ville serait rendu à sa fonction de communication, de liens, un centre-ville qui ne soit pas fantomatique mais habité. C’est par exemple sa désertion qui crée l’instabilité et l’insécurité spatiale des gens, telle  que la dépression et l’anxiété sont à l’échelle mondiale les premières maladies.

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Q: Alors finalement,la SDA doit refaire ses devoirs ?

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Reprendre un projet architectural plus terre à terre, générateur de vie plus respectueux de là où s’enracine la construction, comprendre le sens de l’endroit en relation en harmonie non seulement avec le Red Light, mais aussi avec le Quartier des Spectacles et plus largement avec Montréal dans son ensemble. On est à la recherche de construction symbolique à Montréal voilà une belle occasion pour faire au centre de notre métropole un lieu dont les visiteurs pourront se souvenir comme un lieu marquant.

La mairie a déjà concédé au chapitre du zonage, parce qu’ici c’est du 6 étages et du 5 étages maximum, alors que le projet Angus est beaucoup plus imposant.

Des concessions qui ont été faites à quel prix ? On peut se poser la question. Qui décide tout d’un coup du changement de zonage et qu’on se retrouve avec un monstre. C’est quand même des fonctionnaires municipaux. On peut au moins les accuser de négligence.

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Q : Mais il y a un processus de consultation ?

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R : Ah ! Un processus de consultation qui est, et vous le lirez dans tous les compte-rendu de gens qui y ont participé, où la salle était truffée de gens qui étaient favorables au projet.

Ce sont des consultations qui ne servaient qu’à une chose, des consultations marketing, pour faire passer le projet. Donc, quelle part on peut avoir quand on est face à cette sorte de situation…

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Q : Je constate qu’il n’y a pas pour l’instant beaucoup de voix qui comme vous s’élèvent publiquement contre ce projet.

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R : Oui, effectivement.

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Q :  On peut s’attendre à ce que le projet passe.

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R : Ça c’est ma crainte que le projet passe, parce que d’abord on est dans une espèce de méconnaissance totale de cette dimension spatiale.

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Q : Il y a quand même des passionnés d’architecture et des gens du quartier qui réagissent et s’opposent au projet de la Société de développement Angus (SDA)?

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R : Il y a des gens qui réagissent bien sûr. Des associations, des architectes, etc.  Il y a beaucoup de gens qui s’opposent à ça. Mais on est dans une logique bulldozer.

C’est-à-dire, on voit qu’on a déjà mis des millions dans le projet, pour le marketer, pour le vendre. Et à partir de ce moment-là, on est toujours mal venu de jouer les trouble-fête. On n’est pas dans une fête, on est dans un véritable désastre.

Moi, je n’ai rien contre les grands projets architecturaux, au contraire ils me passionnent. Le seul problème, c’est que ça, ce n’est pas un grand projet, c’est un gros projet. Un gros projet en terme de béton et en terme de dollars. Alors, va pour un gros projet en termes de béton et de dollars, mais ce n’est pas un grand projet.

Un grand projet c’est quelque chose où l’imagination est au rendez-vous. Un grand projet architectural ce n’est pas une forme aussi neutre que ça, c’est quelque chose qui est plus élaboré. Et la manière de faire quelque chose de plus élaboré, on le voit partout, ce sont les ensembles résidentiels .

Parce qu’il y a une plus grande liberté architecturale. On a tout intérêt à avoir un complexe résidentiel agréable, avec une cour intérieure pour pouvoir fréquenter les gens.

Par exemple on peut imaginer différents scénarios. Un complexe architectural qui respecte tous les points cardinaux, qui essaie manifester le nord, le sud, l’ouest, l’est… le genre de construction un peu comme le Musée des civilisations  à Ottawa qui respecte le cours de la rivière, qui épouse la forme du quartier plutôt que de le neutraliser.

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Q : Parce que, on revient un peu à ce que vous me disiez tantot, est-ce que  Montréal a besoin d’une autre tour à bureaux ?  C’est ça ?

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R : C’est ça ! Quand on va en ville, on constate qu’ il y a suffisamment d’espaces vides, suffisamment de parking qu’on peut délocaliser. Qu’on fasse ça à Jean-Talon, c’est ok.  On revitalise un quartier. Mais le quartier ici n’a pas besoin d’être vitalisé, il vit.

Ce qu’on est en train de faire c’est de le tuer en apportant toute l’architecture marginale avec et c’est un mauvais signe pour le Quartier des Spectacles aussi.

Envisager un projet plus terre à terre, plus respectueux de là où il s’enracine, de comprendre le sens de leur endroit aussi bien pour le quartier, que pour le Quartier des Spectacles et plus largement pour Montréal dans son ensemble.

Comprendre qu’il n’y a pas tellement de lieux symboliques à Montréal, de lieu dont on peut dire « tiens, ça c’est le lieu marquant », ça c’en est un.

Malheureusement, le projet Angus fait table-rase de l’histoire. Les premiers indépendantistes sont venus ici, la Société Saint-Jean-Baptiste, ils étaient installés dans le quartier.

Après ce sont les immigrants qui se sont installés, et puis il y a ces minorités sexuelles finalement, c’est un lieu quand même où la marginalité peut s’exprimer. On veut faire du boulevard St-Laurent  un lieu muet, totalement muet… ce ne sont pas les cadres d’Hydro-Québec qui vont animer le quartier.

Un lieu de perspectives à nous, ça ne se situe pas dans la défense de tels intérêts particuliers dans le quartier, mais plutôt sur le fait que ça s’inscrit à la fois dans la logique du quartier, dans le tissu humain du quartier,dans sa diversité et dans son histoire.

D’autre part, le projet s’inscrit dans le Quartier des Spectacles, dans un espace culturel où précisément les cultures devraient se rencontrer plutôt que de s’exclure.

Cette exclusion culturelle ne doit pas avoir lieu. Quand il y a un spectacle la nuit avec un truc qui va être fermé à 18 h le soir…  Tout ça s’inscrit aussi dans l’ensemble montréalais qui finalement n’a pas tellement de lieux symboliques.

On a ici le lieu idéal pour construire un ensemble symbolique, plutôt que de construire une tour qui n’a aucun intérêt particulier, quand même ce n’est pas une beauté architecturale cette tour.

Une tour qui apporte peu intérêt au Quartier des Spectacles et à Montréal dans son ensemble.  Ici, c’est un quartier qui est énormément fréquenté par les touristes, donc c’est l’image qu’on donne à l’extérieur. Alors c’est bien de donner une image culturelle qui est  en harmonie avec notre architecture.

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Q: Et précisons que vous etes d’accord avec le projet 222

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R: Je n’ai rien contre le projet 222 qui est un immeuble bas s’accordant avec la logique du carrefour.

Mais déménager le siège social d’Hydro-Québec est totalement déplacé alors qu’il y a tant de lots vides à Montréal pouvant l’accueillir.

Je suis impliqué aussi à titre de psychiatre ayant travaillé depuis 30 ans dans des urgences urbaines et constatant la manière dont la rupture des harmonies urbaines, leur confiscation pour les couches les plus aisées entraîne son lot de victimes, renvoie à la périphérie la marginalité, la minorité.

Les villes sont de véritables langages avec leurs lieux symboliques, leurs trajets rituels . Leurs frontières qui les séparent de l’extérieur créent des petits îlots à l’intérieur où les gens peuvent se retrouver et s’identifier.

Ainsi l’opération qui est menée rondement médiatiquement, mais sans aucune raison évidente, sinon l’appât du gain à court terme, va jouer à la fois sur le quartier,  sur le Red Light, et sur le Quartier des Spectacles où le consensus en cours est une négation qui consiste à évacuer les cultures populaires et les populations qui ne peuvent pas se permettre des spectacles.

Un affront naturellement aussi à ce centre historique de Montréal où finalement se rejoignent les deux  »Main » en immobilisant cette zone de flux chargée d’histoires au moment où justement on cherche à créer à Montréal des référents architecturaux, des symboles qui puissent la représenter .

J’ajoute naturellement comme c’est le Quartier des Spectacles, le Quartier des Festivals, c’est aussi une vitrine non seulement de Montréal mais du Québec et qu’il est dommage d’hypothéquer.

Le message de créativité culturelle québécoise éradiqué par une construction  »made in France » avec des logiques totalement inverses aux logiques continentales dans lequel s’inscrit le Québec.

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2 Réponses to “RED LIGHT – Dr. Leccia”

  1. Votre réflexion et vos propos communiqués sur la place publique me réjouissent. Plusieurs concitoyens sont très inquiets des moyens déployés par le promoteur pour faire passer un projet à la hâte sans réelle réflexion sur les impacts sociaux de leur proposition.

    MERCI de votre intervention.

  2. Enfin quelqu’un qui regarde et pense l’espace de La Ville de façon humaine et surtout vivante.
    Arrêtons nous un instant pour y réfléchir, ne soyons pas des clochards de la pensée…

    Merci Dr Leccia.

    Marie-José lacour

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